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Vendredi 11 mars 2005

LE SENS DE NOTRE ENGAGEMENT

 Nous avons animé au sein de la Direction et avec d’autres bien sûr, les campagnes nationales, les luttes contre l’extrême droite et contre les violences policières.

 Nous avons animé au sein de la Direction et avec d’autres bien sûr, la réflexion sur les convergences idéologiques entre l’extrême droite et les extrêmes communautaires.

 Nous avons animé au sein de la Direction et avec d’autres bien sûr, la campagne nationale sur la lutte contre les discriminations.

 Nous avons animé au sein de la Direction et avec d’autres bien sûr, la commission de gestion, le groupe de travail sur les statuts et représenté le MRAP pour lui permettre d’obtenir des subventions.

 Nous avons représenté le MRAP National et avec d’autres bien sûr devant toutes les institutions y compris l’autorité judiciaire devant laquelle le MRAP non seulement a remporté des victoires essentielles pour la lutte contre  le racisme, contre les tortures de la guerre d’Algérie, contre les violences policières, mais a aussi défendu son Honneur en faisant condamner pour diffamation ceux qui l’avaient ignominieusement attaqué.

 Les motivations qui –à notre tour- nous animent et caractérisent le sens de notre engagement peuvent se résumer en une phrase :

 Promouvoir inlassablement les droits universels et indivisibles de la personne humaine.

 De cet ambitieux objectif découle la lutte contre LE racisme et le développement de l’amitié entre les peuples.

 C’est ainsi que nous avons poursuivi le combat qu’ont mené les fondateurs de notre Mouvement pendant plus de cinquante ans qui, en 1949, formant  un cercle en se tenant par le bras, ont juré solennellement : « PLUS JAMAIS ÇA ! ».

 Dès le début de la guerre d’Algérie, le MRAP a condamné le colonialisme et toutes les violences racistes qui en découlaient notamment les tortures, les exécutions sommaires et les exactions de toute nature à l’encontre des algériens. Ce faisant, il démontrait sa capacité à élargir son combat initial de la lutte contre l’antisémitisme, à d’autres racismes.

 Enfin, dans les années soixante dix, le MRAP, Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et pour la Paix évolue, assignant au combat contre LE racisme, un caractère universaliste. Près de trente ans après la création du MRAP, les militants décidaient - fort du postulat philosophique selon lequel il n’existe qu’une espèce : l’espèce humaine - de modifier l’intitulé de notre association qui désormais s’appelle le Mouvement contre LE Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples.

 Ils consacraient ainsi, le caractère universel de la lutte contre LE racisme rejetant toutes démarches qui le catégorise et le hiérarchise.

 Jamais ces fondamentaux n’ont été remis en question au sein de notre association et notre dernier congrès a réaffirmé une fois encore le caractère universel de la lutte contre le racisme.

 Force nous est malheureusement de constater que tant les expressions publiques depuis plusieurs mois jusqu‘à la veille du congrès que celles depuis sa clôture participent de cette volonté de catégoriser le racisme donc nécessairement de le hiérarchiser.

 Le caractère confus et contradictoire de l’expression du MRAP sur le voile et sur le racisme arabo-musulman a conduit nos instances il y a quelques mois à réaffirmer avec force le rejet de toute grille de lecture communautariste.

 La référence à l’islamophobie a accentué cette confusion en faisant sortir le MRAP de son champ d’intervention en confondant souvent la stigmatisation frappant des musulmans pour faits de croyance avec la défense de la religion elle-même.

 Cette dispersion du MRAP sur des terrains qui n’étaient pas les siens, a donné l’impression que le MRAP  naviguait à vue au rythme des médias et ceci au détriment de campagnes beaucoup plus fondamentales, et notamment la lutte contre les discriminations et pour l’égalité, pour la régularisation des sans-papiers, pour la citoyenneté et le droit de vote des étrangers. Elle ne lui aura pas permis de s’ouvrir aux revendications nouvelles, notamment celles qui réaffirment la complémentarité entre la lutte contre le racisme et la défense du droit des femmes.

 A la veille du congrès, une dépêche de l'AFP reprenait la déclaration suivante :

 « on reconnaît la spécificité de l’antisémitisme on doit reconnaître celle de l’islamophobie. Il y a aujourd’hui une peur irraisonnée et fantasmée de l’islam et j’affirme qu’il est plus dur aujourd’hui d’être arabe que d’être juif en France ».

 Cette catégorisation et hiérarchisation du racisme est la détestable réponse communautaire faite à la problématique elle-même communautaire que des radicaux extrémistes de tous bords tentent de nous imposer. Oui les arabos-musulmans mais aussi les populations africaines subissent majoritairement les discriminations dans le logement, le travail, les loisirs, mais oui les juifs de France peuvent s’inquiéter légitimement aussi de la multiplication des actes antisémites, sans oublier les gens du voyage relégués, marginalisés par des lois d’exclusions.

 Comment dès lors admettre une évaluation comparative des racismes à la veille d’un congrès du MRAP qui devait exprimer un message universel ?

 Ces prises de position ont généré un profond malaise qui s’est traduit par le vote à une très courte majorité du rapport moral de la direction lors du congrès.

 La majorité des membres du Conseil national avait, en mai, par le vote d’une résolution concernant le racisme anti-musulman, exprimé l’exigence que, devant la montée des communautarismes, le MRAP reste le défenseur inconditionnel de l'universalité des droits de la personne humaine.

 Les expressions publiques au sortir du congrès, au triomphalisme indécent et au mépris des votes des congressistes, confirment une dérive que nous regrettons.

 Ainsi, affirmer dans Libération que le fait de se promener dans les quartiers sans recevoir de cailloux est la preuve d'un dialogue, relève d'une démarche communautariste inadmissible qui entretient un stéréotype regrettable concernant les quartiers considérés.

 Comment peut-on juger de la représentativité des antiracistes à l’aune du « caillassage » dans les quartiers à l’heure même où des pierres ont tué et comment admettre, dans ce premier message issu du congrès, l’image communautariste stigmatisante des actes de jeunes baignés dans la violence sociale?

 Ces déclarations publiques n’engagent pas les forces vives du MRAP. Plus encore, elles illustrent avec une particulière acuité, l’écueil dans lequel le MRAP risque de se fourvoyer.

 Prendre la responsabilité de diviser ainsi les militants du MRAP est grave.

 De nombreux responsables régionaux du MRAP ont déjà exprimé leur volonté de construire un MRAP rassembleur, nous partageons ce souci.

 En effet, il est grand temps de rassembler tous nos militants sur nos fondamentaux et de nourrir la réflexion sur l’évolution complexe du racisme sans qu'aucune autre considération vienne obérer le caractère universaliste de notre combat.

 Tel est le sens de notre engagement !

  

Isabelle Sirot, Secrétaire nationale sortante responsable des campagnes nationales.

Emmanuelle le Chevallier, membre du Bureau national sortant responsable de la lutte contre les discriminations.

Gérard Kerforn, membre du Bureau national sortant co-auteur des rapports concernant l’expression du racisme sur internet.

Alain Ribat, membre du Conseil national sortant, membre de la commission de contrôle financier du MRAP.

Pierre Mairat, Président délégué sortant du MRAP.

(Courriel du 15 décembre 2004)

Par I.S. , E.L.C. , G.K. , A.R. , P.M. . - Publié dans : AVMRAP
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